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Comment mettre en perspective les années de plomb de l’Espagne Franquiste ?

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Anna et sa mère

Anna et sa mère

 

Le film de Carlos Saura, Cria Cuervos*, réalisé en 1975, l’année de la mort du caudillo Francisco Franco, soit après 40 ans de règne à la tête de l’état Espagnol, y parvient à merveille.

Deux ans plus tard, le roi Juan Carlos fait voter les premières lois démocratiques.

*Cria Cuervos « nourrissez les corbeaux » est un raccourcie d’un proverbe espagnol « Cría cuervos y verás cómo te sacan los ojos » signifiant en substance « Elève les corbeaux et tu verras comment ils t'arracheront les yeux ».

 

En nous proposant la triste histoire de Ana, orpheline à l’âge de 8 ans d’un père qu’elle a vu mourir dans les bras de sa maîtresse et d’une mère succombant dans le chagrin, le réalisateur propose un habile parallèle entre les relations et les sentiments d’une petite fille pour ses parents et d’un pays envers un régime.

 

Il n’est pas exagéré de voir dans le père d’Ana, militaire de carrière, le symbole de la dictature franquiste et dans la mère celui de la République Espagnole que l’on a assassiné.

Tel le pays, sortant de 40 décennies de cauchemar*, Ana veut faire, dans ses rêves, le film d’une autre enfance.

Celle d’un attachement ou elle se fabrique un passé agréable aux côtés de sa mère et celle d’un renoncement ou elle tue l’image d’un père coupable.

 

Si ce n’est pas tuer une seconde fois le régime étouffant du Général Franco cela y ressemble fortement.

Le Général Franco

Le Général Franco

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* Le franquisme fut une idéologie conservatrice et réactionnaire, dont les principales valeurs s’appellent Église, famille et armée, et les outils, terreur, propagande et censure.

Mais le message de Carlos saura n’est pas uniquement pavé d’intentions politiques, il démontre habillement les ressorts de la psychologie infantile dont le rêve permet un ailleurs meilleur où il est possible de construire quelque chose de solide pour l’avenir.

 

Les enfants de Franco, dont Ana est la digne représentante, se sont nourris de leurs souvenirs, bons et mauvais, pour mieux crever les yeux de leur maître par la suite.

 

C’est ainsi que tout un pays a pu se relever pour grandir.

 

A bientôt pour de nouvelles histoires d'histoire...

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