Les cours d’eau et leurs aménagements, dont certains ouvrages d’art, singularisent fortement l’identité géographique et historique d’une région.
Avec l’Ille, la vilaine ainsi que la Rance la Bretagne ne semble pas être en reste.
Justement c’est entre Rennes et St Malo, relié par le canal à petit gabarit d’Ille et Rance, que se situe une curiosité : les 11 écluses de Hédé.
Située au sud de Combourg la commune de Hédé, construite sur un plateau granitique, comporte de nombreuses carrières et d’importants points d’eau dont le bassin de Bazouges
( la commune ayant fusionné en 1973 avec celle de Bazouges sous Hédé et de St Symphorien ) l’étang de la Bézardière et l’étang de Hédé.
Hédé est également traversé d’ouest en est par le canal d’Ille et Rance dont nous aborderons la description par la suite.
Cette portion du canal, traversant la commune sur un itinéraire de 11 écluses, constitue un lieu de promenade aussi improbable que reposant.
Parcourir les chemins de halage ombragés, passer constamment d’une rive à l’autre en empruntant les écluses dont certaines sont branlantes, s’arrêter pour scruter le mécanisme de ces ouvrages, tous ces petits instants procurent un réel plaisir.
Les maisons éclusières, jalonnant ce parcours, ajoutent à cette promenade du charme et une certaine authenticité.
Cependant les écluses utilisées dans la plupart des canaux à niveau multiple peuvent présenter certains inconvénients.
Elles sont en général peu économiques en raison de leur coût de construction et de fonctionnement.
De plus lorsque la circulation est importante le niveau de l’eau est difficile à maintenir dans le plus haut bief en raison de nombreux vidages successifs de l’écluse.
Certains de ces désagréments, lorsqu’il s’agit de manœuvrer soit même les écluses par exemple, font partie du charme de la navigation fluviale.
Mais, sur la plupart des itinéraires commerciaux, ce charme est rompu par un fonctionnement automatique.
Ce dispositif censé fluidifier le trafic n’empêche pas les encombrements et les attentes.
Actuellement la France compte plus de 1850 écluses, se répartissant en trois catégories : les écluses gardées actionnées par l’éclusier, les écluses manœuvrées par les usagers et les écluses automatiques.
Tout gabarit confondu, l’écluse de Bollène sur le Rhône est, avec 23 mètres de chute une des plus haute de France mais restons modestes et sachons relativiser face aux 42 mètres de celle d’Ust Kaménogorsque au Kazakhstan.
A côté les écluses du Marais Poitevin, dont certaines chutes ne dépassent pas les 20 cm, font figure de petit poucet.
Pour terminer la série des records l’écluse de Berendrecht située en Belgique, dans le port d’Anvers est avec 68 m de large et 18 m de profondeur, la plus grande de la planète.
L’histoire des écluses, et plus généralement celle de la navigation fluviale, est intimement liée à celle des canaux.
Les caractéristiques physiques de ces derniers ne sont pas les seuls éléments qui, de tout temps, ont motivé leur aménagement. Des raisons commerciales, environnementales et militaires sont d’autres facteurs rentrant en ligne de compte.
Dès le moyen Age, on transportait plus de 80 % des marchandises par voie d’eau et une ville comme Paris était largement dépendante du transport fluvial pour ses approvisionnements en blé et en bois.
Durant cette période on utilisait principalement des voies navigables dont on améliorait la navigabilité en approfondissant et en élargissant le chenal à l’aide de barrages.
Au XVI siècle, en France, on réalise des canaux nettement plus navigables grâce à leur alimentation artificielle ainsi qu’à l’apport technique de l’écluse à sas.
Les projets d’aménagements fluviaux ont joué un rôle essentiel au sein de conflits commerciaux opposant la France avec ses voisins Européens.
C’est le cas du canal du midi, projet longtemps resté en suspend et mené à son terme sous Louis XIV grâce à l’ingénieur Pierre paul Riquet.
La construction de ce canal d’une distance de 240 kilomètres, inauguré en 1683, reliant l’atlantique à la méditerranée est motivé par le commerce du blé et les conflits d’intérêts avec l’Espagne.
Durant cette même fin du XVII siècle le blocus maritime des ports Bretons par les Anglais incite Louis XIV à favoriser la canalisation intérieure de la Bretagne, cependant ce projet tardera à voire le jour.
La domination de la flotte Anglaise et ses nombreux blocus, synonyme de déclin économique, amènent les états de Bretagne à faire étudier la mise en place d’un réseau de canaux, en Bretagne et dans le Maine.
Une commission pour la navigation intérieure de Bretagne, en présentant en 1784 au roi Louis XVI une carte générale des projets étudiés, jette les premières bases de ce que sera le futur canal d’Ille et Rance.
Le tracé retenu pour le canal relie les rivières Vilaine et Rance en réalisant la liaison Manche Océan.
La longueur prévue du canal entre Rennes et Dinan était de 76,5 kilomètres, il devait compter 46 écluses, 110 ponts et le montant était estimé à 2 697 907 livres.
Toutefois, l’époque révolutionnaire vient troubler ce projet !
Il faut attendre le tout début du XIX siècle, en 1803, pour que des raisons stratégiques, liées à un nouveau blocus des Anglais, décident le premier consul Bonaparte à construire les canaux Bretons.
Les travaux s’échelonnent entre le printemps 1804 et l’automne 1832, et sont interrompus, pendant six années ( 1816 – 1822 ) entre la période napoléonienne et la période de la restauration.
Les travaux du canal durent 28 ans pour un coût total de 14 226 799 Francs soit un peu plus 1 milliard d’euros du 21 siècle.
L’Ille est canalisée jusqu’à son embouchure dans la vilaine à Rennes alors que la Rance ne l’est que jusqu’à l’écluse du Châtelier, en aval de Dinan.
Les sas des écluses ont 4,7 mètres de largeur entre les bajoyers ( parois latérales d’une chambre d’écluse ) et 26,3 mètres de longueur entre le sommet de l’arc du mur de chute et l’enclave des portes d’aval.
En 1860 le fonctionnement du canal atteint son apogée, il passe en moyenne 1500 bateaux aux différentes écluses, puis l’arrivée du chemin de fer et le transport par route implique une diminution de ce trafic.
La nature des marchandises est généralement la suivante : houille, coke, fonte, plâtre, chaux, ardoises, pierres de taille, briques, verres à vitre, bois, céréales, vins, cidres, engrais…
Le canal nécessite un minimum d’entretien, c’est la raison pour laquelle celui-ci est fermé tous les ans pour des travaux d’une durée d’environ un mois.
L’histoire de la batellerie de cette fin du XIX est marquée, sous la présidence de jules Grévy, par le ministre des travaux public, le Baron de Freycinet.
Celui dont le nom est donné à un gabarit de péniche établi, en 1879, un plan visant à encourager le développement de l’industrie lourde Française en améliorant les conditions de transport de matières premières et surtout de houille.
Les vues à la fois économiques et stratégiques de ce plan, concernant aussi bien l’industrie que les transports militaire, entraînent la réalisation de voies navigables nouvelles et la modernisation du réseau existant.
En tout 468 kilomètres de nouveaux canaux sont construits et 2453 sont modernisés.
La loi de 1879 fixe, aussi, les dimensions minimales des voies navigables basées sur les dimensions standard des bateaux.
L’autre motivation de Freycinet est un soucis de progrès général se traduisant, pour la batellerie notamment, par un encouragement de la propulsion mécanique.
Par conséquent le halage à dos d’homme est interdit, ainsi à la fin du XIX siècle on expérimente des moyens de propulsion différents comme la traction mécanique ou électrique, l’emploi de locomotives ou tracteurs sur rails ou sur roues.
Mais à partir de 1960 le trafic commercial est remplacé par un trafic de plaisance sur le canal, et en 1979 l’état remet le canal d’Ille et Rance aux départements d’Ille et Vilaine et des Côtes d’Armor.
Le canal, dans sa configuration actuelle, mesure 84 Km de la Vilaine à la Manche. Ce canal de jonction, dont le bief de partage se trouve tout en haut de l’échelle des 11 écluses de Hédé, à une altitude de 65 mètres, comporte plus de 260 ouvrages d’arts, dont 48 écluses et autant de maisons éclusières ainsi que de nombreux ponts dont plusieurs sont d’époque.
Les 11 écluses de Hédé sont distantes l’une de l’autre de 183 à 319 mètres, le tout sur une longueur de 2 Km pour rattraper une dénivellation de 27 mètres.
La ballade fut magnifique mais elle ne peut en aucun cas remplacer le charme procuré par un itinéraire de plaisance à bord d’une péniche.
A bientôt pour de nouvelles histoires... Bretonnes.
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