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Trois récits de voyage pour décrire nos vacances en Bretagne ne sont pas de trop !

Lieu de destination Combourg dans le département de l’Ille et vilaine. Situé entre Rennes et la baie du Mont St Michel, ce berceau du romantisme est le reflet d’une Bretagne rebelle et poétique.

De la force marine de la commerçante St Malo à la fragilité mystérieuse de l’archange dominant le Mont Saint Michel ; de Béchrel la littéraire à la tranquillité romantique des bois de Combourg tout est prétexte au rêve sur cette terre de caractère.

 

Historiquement rattaché à l’archevêché de Dol, Combourg est éternellement marqué par le romantisme depuis que le destin a déposé sur son chemin François René de Chateaubriand. Une fois installés, nous partons à la découverte de notre commune d’accueil, le temps d’une semaine.

La sculpture de l’écrivain trône, majestueusement, sur la place portant son nom. L’œuvre, réalisée par alphonse le Terroir en 1930, immortalise l’élégance d’un gentilhomme porté par un vent de liberté que lui soufflent ses racines aristocratiques.

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Chateaubriand représenté par Alphonse le Terroir

Chateaubriand représenté par Alphonse le Terroir

Combourg c’est aussi la richesse d’un patrimoine bâti précieusement conservé, à l’image de son château ( que nous visiterons tout à l’heure ), de ses maisons à colombages ; de la tour de la lanterne abritant l’office du tourisme.

Cet édifice, datant de 1597 aussi appelé hôtel Trémaudan, en pierre de taille de granit fut construit par Perrine Jonchée, fille d’un armateur de Saint Malo.

L’entrée du château, toute proche, semble renfermer, discrètement, l’enfance de Chateaubriand et l’instant d’une visite l’âme du poète se livre à ceux qui prennent la peine de l’accueillir.

Une fois les grilles franchies nous nous retrouvons dans un immense parc où se découvre ce que chateaubriand qualifie dans ses mémoires d’outre tombe de char à quatre roues
« Le château tout entier avait figure d’un char à quatre roues » Livre 1 Mémoires d’outre tombe.

Sauf qu’aujourd’hui une des roues du char est voilée puisque la tour du Maure, couverte pour l’occasion, est en réfection.

Les descriptions austères et peu engageantes du château « Sa triste et sévère façade présentait une courtine portant une galerie à mâchicoulis, denticulée et couverte » Livre 1 Mémoires d’outre tombe, sont les témoignages d’une enfance morose étape fondatrice dans la pensée et les choix du poète.

Tour sybil et tour du chat

Tour sybil et tour du chat

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Les bois de Combourg représentent un ultime écho à sa personnalité « C’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis, que j’ai commencé à sentir la première atteinte de cet ennui que j’ai traîné toute ma vie, de cette tristesse qui a fait mon tourment et ma félicité… » Mémoires d’outre tombe.

La portée créatrice et esthétique de la mélancolie est une source d’inspiration romantique, caractérisant l’œuvre de Chateaubriand.

Avant d’entamer la visite, il m’apparaît utile d’en dire un peu plus sur la révolution littéraire produite par le mouvement romantique.

Celui-ci laisse largement place à l’expression des sentiments et des sensations, ce qui a pour conséquence de s’affranchir des règles strictes de la littérature classique.

Préconisant la liberté et le naturel en art il joue sur les contrastes et les oppositions. Le spleen et l’idéal ; le beau et le laid ; le sublime et le grotesque nourrissent l’inspiration romantique.

Le romantisme est aussi un libéralisme littéraire cherchant l’évasion dans le rêve et l’exotisme. Cette exaltation de la libre expression de ses sentiments est le reflet d’un développement du culte du « moi ».

Cette réflexion peut prendre la forme d’une recherche d’harmonie entre l’être et la nature qui l’environne, comme dans les « rêveries d’un promeneur solitaire » de Jean Jacques Rousseau.

Le romantisme c’est aussi la recherche d’un temps perdu, d’un idéal disparu avec la chute de Napoléon Ier et laisse apparaître une profonde angoisse baptisée « mal du siècle ».

Ce XIX siècle est considéré par l’écrivain romantique comme une époque de frustrations et de déconvenues, ce mal être est parfaitement incarné par julien Sorel dans le rouge et le noir de Stendhal.
Mais laissons pour un temps l’aventure du romantisme et reprenons notre visite.

En haut du long et large escalier, de la façade nord, datant du XV siècle, un groupe d’une dizaine de personnes attend le guide sur le perron.

Cette imposante façade, marquée par les taillades à travers lesquelles sortaient jadis les bras et les chaînes du pont levis, marque avec la tour du croisé l’achèvement de la construction de l’ensemble fortifié.

Entre ces taillades un blason sculpté dont la devise est « mon sang tient la bannière de France » marque les origines aristocratiques de Chateaubriand.

L’écrivain rappelle avec envie et nostalgie ses nobles origines bretonnes, par son père René Auguste de Chateaubriand né en 1718.

« Je suis né gentilhomme. Selon moi j’ai profité du hasard de mon berceau, j’ai gardé cet amour plus ferme de la liberté qui appartient à l’aristocratie dont la dernière est sonnée » Livre 1 Chapitre 1 - Mémoires d’outre tombe.

Ces armes ont été attribuées par St Louis à Geoffroy IV de Chateaubriand pour sa bravoure à la bataille de Mansourah en 1250.
Fait prisonnier Geoffroy revient en France quelque années plus tard. Sa femme Sybil, dont le nom a été donné à une tour du château mourut de surprise et de joie en le voyant.

Deux siècles plus tard un Briand, amiral de Bretagne, sauve le mont Saint Michel des Anglais.

Outre les faits d’armes les Chateaubriand ont croisé la route des plus grands ( Ducs de Bretagne ; Rois de France ; d’Angleterre… )

Puis les portes du château s’ouvrent, le guide nous fait pénétrer dans ce que l’écrivain décrit dans ses mémoires comme étant un vestibule à voûte ogive.

Face à nous, le buste en marbre de Chateaubriand, réalisé par David en 1829, semble désigner le maître des lieux.

Buste de Chateaubriand par David - vestubile du château de Combourg

Buste de Chateaubriand par David - vestubile du château de Combourg

A l’entrée de ce vestibule la représentation peinte, mi-druidique mi-guerrier celtique, de Rivallon, devant un arbre à écus retraçant les hôtes prestigieux de ces lieux, ramène l’histoire de Combourg à une période beaucoup plus ancienne que celle du romantisme littéraire.

Au début du XI siècle, l’évêque de Dol, Guinguené, fait construire un donjon pour son frère Rivallon.
La représentation contemporaine, montrant ce dernier portant d’une main protectrice la cathédrale de Dol et de l’autre l’épée, illustre la mission du premier seigneur de Combourg.

Celui-ci s’illustre dans le siège de Dol, qu’il entreprend en 1064. Cet épisode figure sur la tapisserie de Bayeux opposant Guillaume duc de Normandie à Conan duc de Bretagne.

Implanté sur les marches de Bretagne, délimitant le duché de Bretagne au royaume de France, le château de Combourg constitue, jusqu’au rattachement à la couronne, un point stratégique.

Lors de la période médiévale les seigneurs de Combourg prennent une part active aux luttes féodales et interviennent, lors de la guerre de cent ans ( 1328 – 1453 ) dans les conflits entre les prétendants à la couronne de Bretagne.
Ces luttes cesseront, en 1482, suite au rattachement du royaume de France au duché de Bretagne.

Après avoir été un temps la possession, au XIV siècle, de Du Guesclin, le château échoit, en 1761 à René Auguste de Chateaubriand, un riche armateur de Saint Malo père du futur écrivain.

En poursuivant notre visite nous nous trouvons dans ce qui fut, jadis, une cour intérieure désormais couverte abritant en son centre un superbe escalier en bois précieux de Hongrie.

Chacune des pièces du château : le grand salon ; la salle des archives ; la chambre bleue... est marquée par le souvenir d’une enfance rêveuse et tourmentée.

Né à Saint Malo en 1768, Chateaubriand passe le plus clair de son enfance dans ce sombre et sévère château auprès de sa sœur Lucile, de deux ans son aînée, dont il se sent très proche.
A ce titre je trouve la description des relations qu’il entretient avec l’être aimé, au Livre troisième Chapitre 6 des mémoires d’outre tombe, extrêmement touchante.

Là, en ces lieux, à la limite de l’inquiétant, calé entre un père taciturne et une mère pieusement mélancolique se dessine l’éducation d’un futur grand à l’esprit croyant et chevaleresque.

Le vaste salon, dont l’obscurité de l’époque est compensée par une cheminée massive, abrite dans un univers de peintures flamandes et de meubles XVIII, siècle les longues soirées d’hiver des Chateaubriand.

Au moment du coucher il est de coutume de se rassurer, en regardant derrière les portes ; sous les lits ; dans les cheminées, pour se persuader que la jambe de bois d’un comte de Combourg, mort depuis trois siècles, ne réapparaît pas dans la tourelle du château accompagnée d’un chat noir.
Cette légende perturbe les nuits de Chateaubriand qui de sa chambre, située près de la tour du chat, croît percevoir des miaulements.
Les cris de chouettes mêlés aux ombres mystérieuses et à la lueur lunaire amplifient les pesanteurs de la nuit.

La légende rejoint la réalité lorsqu’en 1876, des ouvriers découvrent, pendant la restauration du château, emmuré dans une pièce, une momie de chat dont le squelette est aujourd’hui offert à la vue des visiteurs.
Ce fait sordide est lié à une ancienne tradition, remontant au moyen âge, consistant à emmurer des chats vivants dans les fondations de nouvelles constructions afin de conjurer le mauvais sort.

La salle des archives est, pour l’occasion des visites, aménagée avec le mobilier de la rue bac, à Paris, où Chateaubriand s’éteint le 4 juillet 1848.
A côté de son lit de mort, un chat noir en faïence, cadeau de madame Récamier, veille sur le bureau de l’ancien ambassadeur.

C’est après Combourg, l’exil à Jersey et les orages de la révolution où Chateaubriand perd son frère et sa belle sœur ( Madame Aline de Rosanbo petite fille de Malesherbes ) que l’écrivain rencontre, au début du XIX siècle, la gloire littéraire.

Cette salle des archives, c’est aussi, une parcelle de sa vie politique se dévoilant à nous.

La salle des archives

La salle des archives

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Secrétaire d’ambassade à Rome sous Bonaparte, sa querelle avec le futur empereur, au sujet de l’assassinat du duc d’Enghein en 1804, le décide à se retirer de la vie politique jusqu’à la période des cent jours où il intègre le cabinet de Louis XVIII.

Chateaubriand accueille, avec espérance, les tentatives de restauration lui permettant d’occuper, sous Louis XVIII, le poste d’ambassadeur à Berlin et à Londres ainsi que celui de ministre des affaires étrangères.
Par la suite, il est nommé ambassadeur à Rome en 1828, sous Charles X, puis désabusé sur l’avenir de la monarchie, l’écrivain met définitivement fin à sa carrière politique et ne reconnaîtra pas la légitimité du roi Louis Philippe.

Comblé par le génie et par la gloire, il mourut pauvre à l’âge de 80 ans et c’est selon son désir qu’il repose sur le rocher du Grand Bé à Saint Malo, face à la mer, non loin de Combourg sur les lieux de son enfance.

Dernière demeure de Chateaubriand - Rocher du Grand Bé ( Saint Malo )

Dernière demeure de Chateaubriand - Rocher du Grand Bé ( Saint Malo )

Avant de quitter les lieux nous jetons un dernier regard vers le lac tranquille, légendaire fontaine débordante que Rivallon n’a pu tarir, puis vers les étendues boisées de ce parc dont l’immensité n’a d’égale que celle d’un certain François René de Chateaubriand.


A bientôt pour de nouvelle histoires….Bretonnes

Les sources et pour en savoir plus

La Bretagne des origines à nos jours – Bernard Merdrignac – Editions Ouest France
Les châteaux de Bretagne – Marc Déceneux – Editions Ouest France

Chateaubriand - Jean Paul Clément - Flammarion
Chateaubriand des illusions contre les souvenirs – Jean Paul Clément – Gallimard Découverte
http://www.combourg.net/

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